L’Ouïe Magazine 150 – ebook

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L’Ouïe Magazine n°150 – Août / Septembre 2026

Edito

Un grand pas en arrière

Il y a quelques années, avec le 100 % santé, les pouvoirs publics avaient fait de l’appareillage auditif l’un des piliers de leur politique d’accès aux soins. Entre 2018 et 2021, l’Assurance maladie a doublé sa prise en charge des aides auditives, consacrant l’audition comme un enjeu majeur du bien-vieillir et contribuant à lever l’un des principaux freins à l’équipement : son coût. Alors que les bénéfices d’une prise en charge de la perte auditive sont de mieux en mieux documentés, le changement de cap opéré aujourd’hui est difficile à comprendre. À compter du 1er janvier 2027, la fourchette du ticket modérateur applicable aux dispositifs médicaux inscrits à la LPP passera en effet de 40-50 % à 50-60 % (voir notre article page 8). Pour une aide auditive, actuellement remboursée à 60 % sur une base de 400 euros chez l’adulte, la participation de l’AMO reculera de 40 à 80 euros par oreille, selon le taux finalement retenu.

En transférant une nouvelle part du financement des aides auditives vers les Ocam, les pouvoirs publics prennent le risque de fragiliser l’équilibre construit avec le 100 % santé.

Certes, le 100 % santé sera préservé en classe I, les contrats responsables devant absorber ce transfert afin de maintenir un reste à charge nul. Mais quid de la classe II ? En l’absence d’obligation de compensation intégrale par les Ocam, une partie, voire la totalité de cette baisse de remboursement, pourrait se reporter sur le patient. Avec un risque évident : voir certains renoncer à un équipement du marché libre et même descendre en gamme lors d’un renouvellement. Or, c’est en classe II que les fabricants proposent leurs technologies les plus avancées. Une hausse du reste à charge de plusieurs dizaines d’euros par oreille va donc inévitablement freiner l’accès à l’innovation.

Il serait par ailleurs naïf d’imaginer que les Ocam absorberont sans réagir ce nouveau transfert de charges, qui s’ajoute à de nombreux autres (dentaire, médicaments…) pour un montant global autour de 1,5 milliard d’euros. Elles ont déjà exprimé leur opposition à ces mesures et averti des répercussions sur les cotisations. Pour notre secteur, quelles contreparties réclameront-elles ? La clause de régulation prix-volume pourrait notamment revenir dans les discussions. Inscrite dans le protocole du 100 % santé signé en 2018, elle prévoit une baisse de 50 euros du PLV en classe I si un certain nombre d’aides auditives vendues – 935 000 sur un an – était dépassé. Ce cap a été franchi dès 2021, sans que le mécanisme soit finalement activé.

Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que cette clause sera mise en œuvre. Mais l’hypothèse ne peut être écartée, a fortiori dans un contexte où la fraude en audioprothèse, bien qu’en recul, reste sous étroite surveillance. Ce transfert de charges vers les complémentaires pourrait ainsi ouvrir la voie à un nouveau tour de vis pour la filière.

Anne-Sophie Crouzet

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