December 1, 2020

 

En étudiant les oscillations cérébrales, une équipe de recherche suisse vient de mettre en évidence leur rôle dans le traitement de la parole. Ce sont elles qui déterminent quel canal le cerveau choisit.

 

La compréhension de la parole repose sur l’interprétation de divers signaux, auditifs, bien sûr, mais aussi visuels : expressions faciales, mouvements des lèvres… Trois chercheurs de l’université de Genève, soutenus par le Fonds national suisse, Pierre Mégevand, Raphaël Thézé et Anne-Lise Giraud, viennent de mettre en évidence le rôle des oscillations des neurones dans ce processus. Leur étude a été publiée dans la revue Science Advances. Elle a consisté à identifier les mécanismes cérébraux à l’œuvre quand nous sommes confrontés à un risque de confusion, face à un interlocuteur. Les participants ont regardé un personnage virtuel prononçant des phrases comme « Il n’y a rien à boire » et « Il n’y a rien à voir », et en y associant parfois un mouvement des lèvres discordant (mouvent du « B » alors qu’un « V » est entendu). En cas de conflit entre les informations reçues, les volontaires privilégiaient tantôt les indices visuels, tantôt les indices auditifs.

Observant l’enregistrement de l’activité électrique du cerveau, les chercheurs ont constaté que 300 millisecondes avant le moment du conflit entre les informations sensorielles, l’oscillation cérébrale n’était pas la même chez les personnes suivant l’indice visuel et chez celles qui suivaient les informations auditives… Comme si le cerveau présélectionnait le canal suivi pour accéder à la compréhension. « Nous savons depuis les années 1970 que dans certaines situations, le cerveau semble choisir les indices visuels plutôt qu’auditifs, et encore davantage lorsque le signal auditif est entravé, par exemple en cas de bruit ambiant, a expliqué Pierre Mégevand. Nous pouvons maintenant montrer que les oscillations neuronales sont impliquées dans ce processus. En revanche, leur rôle exact reste encore un mystère. »