Les acouphènes sont des symptômes à la fois très répandus en population générale, sous des formes parfois très invalidantes, et sources d’errances diagnostiques et thérapeutiques, trop souvent. Par ces recommandations, la HAS souhaite améliorer leur prise en charge.
La prévalence des acouphènes est forte : 10 à 19 % des adultes et 1 à 4 % pour les seuls acouphènes invalidants. Dès 2022, la Haute autorité s’est auto-saisie du sujet (la note de cadrage a été publiée en 2024), dans le but de donner aux professionnel·les les clés de la démarche diagnostique (y compris l’identification d’une perte d’audition associée) et leur proposer des lignes directrices pour une prise en charge adaptée et coordonnée.
Formulées à destination des généralistes et des ORL, en première ligne pour recevoir les plaintes, les recommandations de bonnes pratiques s’adressent à toutes les professions de santé impliquées dans le diagnostic et le suivi des patient·es : radiologues, neurologues, gériatres, psychologues, psychiatres, dentistes, orthodontistes et, bien sûr, audioprothésistes.
Les étapes du diagnostic détaillées
Le diagnostic doit reposer sur un examen clinique, qui inclut une évaluation de la santé en général, une recherche de pathologies otologiques, de troubles audio-vestibulaires associés et/ou de signes de gravité, des explorations adaptées au type d’acouphènes (avec ou sans composante somato-sensorielle, pulsatile…) et une mesure des retentissements sur la qualité de vie grâce à des questionnaires éprouvés (EVA-i et EVA-g, THI, TRQ, HAD-S…). Il s’appuie également sur une évaluation fonctionnelle, préférentiellement réalisée par un médecin ORL, et morphologique, incluant si nécessaire une imagerie. La HAS précise, examen par examen, s’il est recommandé ou non et de quelle façon il doit être pratiqué.
Lors de l’étape diagnostique, les praticiens doivent avoir en tête les drapeaux rouges qui impliquent d’orienter le ou la patiente vers une imagerie en urgence ou un spécialiste plus ciblé.

La prise en charge par une équipe pluridisciplinaire officiellement recommandée
Si le médecin ORL ou généraliste reste le coordinateur des soins de premier recours, la prise en charge pluridisciplinaire – on pense, bien entendu, aux équipes Afrépa – est explicitement préconisée par la Haute autorité de santé. La thérapie sonore à l’aide d’appareils auditifs peut être proposée. Les thérapies cognitives et comportementales sont recommandées dans tous les cas ; les autres approches psychologiques ou psychocorporelles (comme la sophrologie, ndlr) peuvent venir en complément. La HAS rappelle les indications de l’implantation : en cas de surdité unilatérale ou asymétrique avec acouphène invalidant (THI ≥ 50 et EVA‑gêne ≥ 6). Elle évoque enfin, dans la phase du diagnostic comme dans la prise en charge thérapeutique, l’intérêt d’orientation vers les associations de patient·es.
Pour finir, la Haute autorité liste des interventions dont l’effet thérapeutique n’est pas scientifiquement démontré mais qui ne présentent pas de danger et peuvent aider pour certains troubles associés aux acouphènes : activité physique pour soulager le stress, psychothérapie, acupuncture, thérapie manuelle pour les symptômes somato-sensoriels. Les médicaments ne sont mentionnés que pour avoir un effet « modeste et circonscrit aux comorbidités neuropsychiatriques associées (troubles du sommeil, troubles anxieux ou dépressifs, ou syndrome de stress post-traumatique) ».
Les recommandations détaillées et les documents complémentaires sont disponibles sur le site de la HAS. Ils incluent notamment des outils immédiatement utilisables : auto-questionnaire THI, exemples d’ordonnances pour un bilan fonctionnel ou morphologique, check-lists pour l’anamnèse et l’examen clinique ou logigramme pour guider la décision clinique.


