December 1, 2021

 

L’Ouïe Magazine 108

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Description

L’Ouïe Magazine n°108 – Novembre 2021

Edito

Une réforme en appelle d’autres

De nouvelles réformes sont nécessaires pour que le succès du 100 % santé ne devienne pas un ingérable tsunami.

Le 25ème EPU aura lieu les 26 et 27 novembre à Paris. Pendant deux jours, des experts se succèderont sur l’estrade du Centre des congrès de la Villette pour des interventions axées sur tous les aspects de votre métier : scientifique, technologique et réglementaire. Fil rouge de cette édition : « Notre pratique à l’heure du 100 % santé ». Moins d’un an après sa mise en oeuvre intégrale, la réforme a en effet bouleversé le secteur, avec un quasi doublement du nombre d’appareils vendus depuis janvier (comparé à la même période de 2020). Il y a bien sûr l’effet d’aubaine – un grand nombre de malentendants ayant attendu 2021 pour s’appareiller “gratuitement” – qui devrait s’atténuer au fil des prochains mois. Mais cette solvabilisation soudaine des aides auditives va inévitablement maintenir les volumes de vente à un niveau nettement plus élevé que les années précédentes.

Pour le moment, les audioprothésistes encaissent la demande et se sont organisés pour prendre en charge tous ces nouveaux patients. Mais qu’en sera-t-il à terme avec, de surcroît, un vieillissement de la population qui gonflera d’année en année le nombre de presbyacousiques à équiper et à suivre ? A peine le 100 % santé mis en place, il faut d’ores et déjà réfléchir à de nouvelles réformes pour la période à venir. Le rapport de l’Igas sur la filière auditive, attendu pour les prochaines semaines, fournira son lot de recommandations, élaborées après consultations des acteurs de la filière, qui débattent déjà des différentes pistes à étudier.

Faudra-t-il augmenter le numerus clausus ? Si oui, dans quelle mesure ? Doit-on prévoir, en parallèle ou à la place, des délégations de tâches vers les assistant.es ? En amont de l’appareillage, quid de la prescription ? Au 1er janvier 2022, les généralistes n’ayant pas suivi une formation en otologie médicale ne pourront plus primo-prescrire d’aides auditives, alors même qu’ils établissent à ce jour un quart de ces ordonnances (voir notre focus page 28). Sauf prolongation de la dérogation dont ils bénéficient, seuls les ORL auront cette compétence, mais leur démographie est sous tension. Peut-on envisager, dans ce contexte, un droit de prescription pour les audioprothésistes, sous certaines conditions, tel que l’obtiendront bientôt les orthoptistes pour les lunettes et les lentilles avec le PLFSS 2022 ? Une autre option consisterait à autoriser les audios à renouveler les aides auditives sur la base d’une ordonnance déjà utilisée, dans un certain délai, comme les opticiens peuvent le faire pour les lunettes. Mais, avec une prise en charge tous les 4 ans (contre 2 ans en optique), peut-on raisonnablement imaginer qu’un patient ne consulte pas d’ORL pendant 8 ans ?

Le champ des questions est extrêmement vaste mais leurs réponses doivent faire l’objet d’une réflexion dès à présent afin que le succès du 100 % santé ne se transforme pas en ingérable tsunami qui, faute d’anticipation, engendrera de nombreux appareillages “à l’arrache”, forcément sources d’insatisfaction et d’échecs.

 

Anne-Sophie Crouzet