L’Ouïe Magazine 151

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L’Ouïe Magazine n°151 – Octobre 2026

Edito

Un certain paradoxe

À quelques semaines d’intervalle, les pouvoirs publics ont annoncé deux évolutions réglementaires qui impacteront notablement notre secteur. D’un côté, l’Assurance maladie va réduire sa participation au financement des aides auditives ; de l’autre, le gouvernement envisage désormais d’interdire leur publicité auprès du grand public.

Peut-on vouloir favoriser l’accès aux aides auditives tout en réduisant leur prise en charge et leur visibilité auprès des patients ?

Le premier mouvement est déjà acté. À compter du 1er janvier 2027, la fourchette du ticket modérateur applicable aux dispositifs médicaux inscrits à la LPP, dont les aides auditives, passera de 40-50 % à 50-60 %. Le taux définitif reste à fixer, mais la part assumée par l’AMO diminuera nécessairement et substantiellement (voir notre Focus page 16). Dans le même temps, le ministère de la Santé envisage de supprimer la dérogation qui permet aujourd’hui aux aides auditives de faire l’objet de publicité auprès du grand public. À l’heure où nous bouclons ce numéro, aucune décision définitive n’a été arrêtée, mais l’exécutif semble déterminé à avancer sur ce sujet.

Derrière la volonté de limiter la communication se trouve notamment celle de contenir les dépenses en supprimant les pratiques commerciales susceptibles de stimuler la consommation. Cet enjeu intéresse tout particulièrement les Ocam, appelés à supporter une part encore plus importante du financement des aides auditives. On peut cependant s’interroger sur la capacité réelle de la publicité à engendrer des excès d’appareillage : malgré leur relative banalisation, les aides auditives restent des équipements que l’on porte par nécessité. Elles peuvent être mieux acceptées, plus discrètes et plus attractives qu’autrefois, mais leur acquisition ne relève pas d’un achat plaisir comme celui d’un article de mode ! Si une campagne peut inciter à réaliser un bilan ou à franchir le pas de l’appareillage, elle ne suffit pas à créer le besoin de porter des aides auditives lorsqu’il n’existe pas. Bien sûr, les dérives existent et certaines offres ont contribué à brouiller la frontière entre dispositif médical et produit de consommation. Mais le développement de la communication a aussi contribué à réduire le tabou autour de l’appareillage, parallèlement au 100 % santé qui a levé une partie du frein financier. La visibilité accrue des aides auditives a participé à faire reculer l’image d’un équipement associé au vieillissement et au handicap, à installer davantage l’audition dans l’espace public et à sensibiliser une population qui tarde encore trop souvent à s’équiper. Une interdiction générale de la publicité limiterait également la capacité des entreprises et des professionnels à présenter leurs innovations et leurs expertises.

De fait, le calendrier choisi interroge. Après avoir consacré des moyens substantiels à l’amélioration de l’accès aux aides auditives et encouragé l’équipement, l’Etat s’apprête à réduire sa participation financière tout en envisageant de restreindre fortement les moyens d’expression de la filière. Or, il semble difficile d’améliorer l’accès à l’appareillage et de le présenter comme un objectif de santé publique, tout en réduisant simultanément son financement et les possibilités d’en parler aux patients. La lutte contre les dérives commerciales est nécessaire, mais elle ne doit pas conduire à confondre promotion agressive, information et communication.

Anne-Sophie Crouzet

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