December 11, 2018

Les résultats des travaux menés par l’unité Inserm 897 « Epidémiologie et Biostatistiques » de Bordeaux sur la cohorte PAQUID ont été publiés en octobre dans le Journal of American Geriatrics Society. Ils montrent, avec un recul inédit de 25 ans, que l’utilisation d’appareils auditifs évite le dur-déclin cognitif chez les malentendants âgés.

 

Débutée au début des années 90, la cohorte PAQUID a inclus 3 777 personnes âgées de 65 ans et plus, vivant à domicile dans les départements de la Gironde et de la Dordogne. Tous les deux ans, les participants recevaient la visite d’une psychologue qui réalisait une évaluation globale de leur état de santé. Les participants ont été suivis pendant 25 ans. Lors de la visite d’inclusion, une question spécifique portait sur la présence de troubles auditifs et sur le port d’une prothèse auditive. Parmi les 3 772 sujets ayant répondu à cette question, 2 443 sujets ne rapportaient pas de trouble auditif gênant, 1 178 rapportaient une gêne modérée (notamment pour suivre une conversation à plusieurs ou dans le bruit) et 151 rapportaient une gêne majeure. Parmi les sujets rapportant une gêne de niveau modéré à majeur, 150 sujets portaient une prothèse auditive. A chaque visite de suivi, les participants étaient invités à réaliser le test de MMSE, qui permet d’évaluer les fonctions cognitives de la personne âgée de manière globale (mémoire, attention, calcul, langage, capacités visuo-constructives, etc.). Une trentaine de questions leur ont été posées, mesurant leurs capacités d’orientation dans l’espace, dans le temps, de langage ou encore leur mémoire. Le déclin au test de MMSE a été modélisé par une régression linéaire mixte contrôlant l’effet de variables de confusion potentielle comme l’environnement social, le sexe, l’âge, ou le niveau d’éducation.

 

L’aide auditive favorise le maintien d’activités sociales et la qualité de vie

Les résultats issus de la comparaison des différents groupes de sujets montrent que les personnes ayant un trouble de l’audition non-appareillées ont présenté, au cours des 25 ans de suivi, un déclin au test de MMSE significativement plus important que les personnes sans trouble auditif. En revanche, le déclin au test de MMSE du groupe de sujets ayant des troubles de l’audition et portant une prothèse auditive ne différait pas de celui du groupe de référence, à savoir les sujets sans trouble auditif. Cette étude confirme que le déclin cognitif est majoré chez les personnes âgées ayant un trouble de l’audition. La perte auditive est généralement associée à une augmentation des symptômes dépressifs et un isolement social progressif. Pour la première fois, les travaux suggèrent aussi qu’il n’existerait pas de lien direct entre trouble auditif et déclin cognitif, dans la mesure où avec une prise en charge audio-prothétique, le déclin cognitif chez les sujets ayant une perte auditive n’est plus majoré comparativement aux sujets sans perte auditive. Le port d’une prothèse auditive agirait positivement sur la cognition en restaurant les capacités de communication, en favorisant le maintien d’activités sociales et la qualité de vie.

 

« L’audioprothèse doit rester dans le champ de la santé »

« Ces résultats plaident en faveur d’un dépistage et d’une prise en charge des troubles de l’audition. Le maintien d’une bonne audition devrait figurer parmi les stratégies de ‘vieillissement réussi’ à promouvoir », conclut le Pr Hélène Amieva (en photo), qui a encadré les recherches. Pour le SNORL (Syndicat national des ORL) et l’Unsaf (Syndicat national des audioprothésistes), cette étude montre aussi, quelques semaines après la publication de l’enquête de l’UFC-Que Choisir, que l’aide auditive n’est pas un bien de consommation courante et que le secteur de l’audition doit être pleinement intégré dans le champ de la santé. D’autant que d’autres enseignements pourraient bientôt compléter ces données : « Nous allons essayer de regarder si la perte auditive a un impact sur d’autres points – perte d’autonomie, mortalité… – afin de savoir si le port d’un appareil ne fait qu’améliorer la qualité de vie ou joue un rôle encore plus important sur la santé », indique le Pr Amieva.

 

Photo : Le Pr Amieva, le 29 octobre 2015, lors de la présentation à la presse des résultats de l’étude.