December 10, 2019

La réunion d’information commune Unsaf CNA a été exceptionnellement clôturée par le professeur Lionel Collet, ORL et conseiller d’État, qui a partagé avec l’assistance ses réflexions sur l’avenir de la profession.

Lionel Collet a commencé par dire sa considération pour les audioprothésistes et rappeler le chemin parcouru depuis le temps où « l’aveugle faisait pleurer et le sourd faisait rire », où il y avait parfois plus de places en école d’audioprothèse que de candidats… Ce n’est qu’en 2002 que le deuxième appareil auditif a été pris en charge, notamment grâce au 1er groupement de recherche CNRS sur la prothèse auditive, lancé en 1999 par le professeur Collet, dans le but d’établir les phénomènes de plasticité cérébrale fonctionnelle, de privation auditive chez le malentendant et de réhabilitation auditive chez les personnes appareillées. Le conseiller d’Etat est revenu sur les évolutions qu’a connu la profession et que « personne ne remet en cause aujourd’hui » : premier DU d’audiologie audioprothétique approfondie, mis en place par ses soins à Lyon ; création avec Jean-Luc Puel du master d’audiophonologie, qui permet aux jeunes audioprothésistes de poursuivre leur cursus… Il a voulu, ensuite, évoquer trois grands rendez-vous politiques qui vont se présenter aux audioprothésistes dans les prochaines années.

 

« Élargir vos activités »

 

« En 2020, cela va être la première vraie mise en œuvre du 100 % santé avec la primo-prescription réservée aux ORL, a-t-il commencé, dans une approche chronologique. S’il devait s’avérer qu’on manque de prescripteurs, je ne doute pas que les pouvoirs publics chercheront à y répondre. Vous avez une opportunité extraordinaire d’élargir le champ de vos activités en réalisant les bilans que d’autres n’auront pas la capacité de faire. A votre place, je suivrais cela de très près : je ne parle pas que des bilans audioprothétiques, je parle bien de l’audiométrie ! »

 

Mettre la re-certification à l’agenda de la profession

 

En 2021, une ordonnance devra être prise dans le cadre de la loi santé d’Agnès Buzyn adoptée en juillet dernier, afin de préciser les modalités de re-certification des professionnels de santé (hors médecins). Elle n’est pas prévue pour les audioprothésistes, puisque seules les professions de santé ayant un Ordre seront concernées. « Je ne sais pas si avoir un Ordre est important pour vous, mais je suis sûr que ne pas être dans une logique de re-certification sera pénalisant, a indiqué le professeur Collet. Re-certification signifie que l’on s’assure à peu près tous les 6 ans que les personnes ont eu une activité dans leur profession, qu’ils n’ont pas eu de problème majeur, qu’ils ont mis à jour leurs connaissances… Cela veut dire que les pouvoirs publics garantissent la qualité de la pratique professionnelle, partout sur le territoire et dans la durée. Il y aura donc 2 types de professions : celles qui auront la re-certification et les autres. Je vous fais le pari que les pouvoirs publics n’auront pas la même considération pour les unes et les autres. Je ne peux qu’appeler votre profession à entrer dans la logique de re-certification. Il n’y a pour cela que 2 possibilités : soit demander la création d’un Ordre, soit trouver une solution sans en passer par là… Mais attention, car cela relève du domaine de la loi et il n’y a pas un grand texte législatif sur la santé tous les jours. Je vous encourage à engager une réflexion sur ce sujet très vite ! »

 

« La clause de volume est essentielle »

 

Troisième échéance envisagée par Lionel Collet : celle de la présidentielle, en 2022, qui sonnera l’heure du bilan de l’actuel président, et, entre autres, celui du 100 % santé : « 12 ou 13 % d’appareils en classe I seront perçus comme un échec de la politique menée, a-t-il estimé.  Je ne peux pas imaginer que dans l’année 2022, les équipes en place ne prennent pas déjà des mesures pour corriger le 100 % santé et probablement pas dans le sens que vous souhaiterez… La clause de volume est essentielle. Il faut que vous soyez prêts, sur 2021, à ne pas être en-dessous de ce qui est prévu ».

 

L’orateur a également voulu dire quelques mots de la problématique des formations à l’étranger, afin notamment de mettre en lumière le point de vue des pouvoirs publics : « la seule question qui se pose est la qualité. Je connais celle de la formation en France, mais le piège serait de ne pas toucher au système tel qu’il est actuellement. On devrait réfléchir à une solution en 2 étapes, pour votre profession. La première reconnaîtrait le niveau d’études, les 3 ans, et la deuxième autoriserait l’exercice. Il faudrait pouvoir déconnecter ce qui relève du diplôme et ce qui relève de l’autorisation d’exercice, comme d’une certification ». Il a conclu par des mots très encourageants pour l’avenir… « Vous avez la chance extraordinaire d’arriver à un moment où la population vieillit et où personne ne discute plus l’apport de l’appareillage auditif. Vous êtes des professionnels de la haute technologie, soyez aussi des professionnels du progrès, de la prospective et prenez votre destin en main ! »

 

 

En lien direct avec la réunion d’information Unsaf-CNA et avec les analyses du professeur Collet, l’Unsaf a fait paraître mardi 3 décembre un communiqué pour affirmer que « l’urgence des enjeux du 100 % santé en audioprothèse impose un cadre déontologique et une formation rénovés ». Le contexte économicopolitique appelle, selon lui, l’établissement « de règles de bonnes pratiques opposables » pour l’exercice du métier d’audioprothésiste, conformes aux recommandations du Conseil d’État en juin 2018 (communication loyale, avec tact et mesure, sans procédés comparatifs, ni témoignages de tiers). L’Unsaf plaide donc pour l’ouverture de deux chantiers : la révision des programmes de formation en audioprothèse, inchangés depuis 2001, et l’étude de la possibilité de confier les bilans auditifs aux audioprothésistes. Sans un examen rapide de ces questions « le succès du 100 % santé serait hypothéqué », affirme le syndicat.