May 29, 2020

Depuis la semaine dernière, L’Ouïe Magazine prend la température sur le terrain des audioprothésistes confinés. Ces instantanés révèlent beaucoup d’optimisme, malgré une période évidemment compliquée et pleine d’interrogations pour l’avenir. Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec Sandra Amégée à Orléans.

Sur les 3 laboratoires Audio 2000 qu’elle gère dans l’agglomération orléanaise, Sandra Amégée a décidé de se concentrer sur celui du centre-ville pour assurer des permanences. « Le centre est fermé mais je suis présente sur 2 ou 3 demi-journées pour dépanner les patients avec des appareils de prêt, expédier des piles ou des produits d’entretiens par courrier, explique-t-elle. J’avais anticipé le confinement, avec mon assistante qui a deux enfants, dès l’annonce de la fermeture des écoles. Le vendredi 13 mars, nous avons reporté les contrôles avec l’idée de prioriser les essais… Les patients ne comprenaient pas pourquoi on voulait repousser les rendez-vous ! » Depuis, Sandra Amégée ne fait venir, après une évaluation de la situation par téléphone, que ceux qui ont une panne et elle dispose de masques et de gants. « Dans l’hôpital où je fais des vacations en audiologie infantile, la chef de service m’a dit, début mars, qu’il serait bien que je porte systématiquement un masque avec les enfants, j’ai donc été sensibilisée tôt sur l’importance de me protéger et de protéger les patients. »

 

De plus en plus d’appels

 

Une mésaventure survenue juste avant le confinement a dissuadé Sandra Amégée de faire appel au SAV des fabricants : « un patient que j’ai renouvelé l’été dernier a connu une panne fin février et m’a demandé de lui faire renvoyer ses appareils en Guadeloupe, dans un centre auditif proche de l’endroit il allait en vacances. Entre temps, les mesures sanitaires se sont durcies partout dans le monde et nous ne savons absolument pas où sont les appareils… Heureusement, ce patient a pu réutiliser ses appareils précédents, qui ne sont pas trop anciens. Mais du coup je ne prends aucun risque, je conserve tous ceux qui nécessitent une réparation. » Après deux premières semaines de confinement plutôt calmes, Sandra Amégée a vu les appels et les demandes se multiplier. « En général, les questions de réglages peuvent attendre, je ne veux pas faire déplacer des patients, comme cette dame de 75 ans, qui voulait un ajustement : ce n’est pas une urgence. » Peu attirée par la téléaudiologie car elle « aime le contact », l’audioprothésiste a appelé in extremis Signia pour installer TeleCare avant de fermer ses centres : « j’ai eu l’occasion de tester pour la première fois, sur un patient que je connais bien et qui est connecté. Je me suis contentée d’un réglage assez succinct. C’est l’opportunité de faire cette expérience, mais il est trop tôt pour en tirer un bilan ».

 

Un temps pour soi et pour préparer la suiteSandra Amégée

 

Les audioprothésistes, comme le reste des Français, n’auront jamais tant rangé qu’en ce printemps 2020. « La faible activité est une bonne occasion de mettre à jour tout l’administratif, d’autant que pour moi, c’est la période du bilan, raconte Sandra Amégée. J’ai beaucoup échangé avec ma banquière, j’ai pu faire un point global sur ma structure. J’ai des projets et je suis plutôt optimiste pour l’avenir même si pour l’instant, c’est dur. En étant confinés et en ayant moins de contacts, les gens vont prendre plus conscience de leurs aspirations et, entres autres, de leurs besoins auditifs. La plupart de nos prospects sont à la retraite. Ils ont l’occasion de se rendre compte que dans des situations où ils n’entendent pas ils sont coupés du monde. J’ai même un monsieur qui m’a appelée, il y a quelques jours pour un premier appareillage, il avait l’ordonnance de l’ORL… Les gens qui ont envie de se faire appareiller ne se démotiveront pas. Je n’omets pas l’éventualité de la récession, mais je pense que l’activité va plutôt reprendre fort. » Preuve de l’esprit positif de la jeune femme, elle était en plein recrutement d’une deuxième assistante quand le confinement a été annoncé : « elle m’a appelée, inquiète, pour me demander si cela tenait toujours : je l’ai rassurée. Dans ma vision des choses, il est possible que je sois débordée au moment de la reprise… Il faut prendre des forces maintenant ! Je prends aussi du temps pour moi, pour me détendre et pour apprendre. »

 

 

Retrouvez tous nos instantanés de confinement:

 

#1 Stéphane Le Strat répond aux patients désemparés

#2 Charles-Alexis Gasnier pense aux patients qui auront le déclic pendant le confinement

#3 Florent Juan se concentre sur le temps long

#5 Vanina Decelle entretient le lien social

#6 Marie-Sophie Janssen ne veut pas laisser tomber ses patients

#7 Damien Passerat définit des mesures barrières rassurantes pour la fin du confinement

#8 Appareillage à distance : Yves Lasry teste la première solution globale