October 26, 2021

 

La table ronde* animée par Christophe Vincent et modérée par Hung Thai-Van à la fin de la Journée de l’audition, a réuni des personnalités remarquables du monde de l’ORL et de l’audiologie : Vincent Darrouzet, Richard Darmon, Frédéric Venail, Nils Morel, Daniela Dalla Valle et Matthieu Del Rio, président du CNA.

Partant de l’idée qu’une prescription d’appareillage ne saurait se résumer à un examen audiométrique, le Pr. Christophe Vincent, chef du service Otologie et Otoneurologie du CHU de Lille, a invité les éminents membres du panel à réagir sur la notion de pertinence de la prescription. Il a souligné le risque que, si tous les efforts étaient mis sur l’accessibilité, sans exigence sur la qualité et l’observance, une offre OTC puisse se développer.

Les primo-prescriptions d’aides auditives par type de prescripteurs

PrescripteurPourcentage de patients
ORL – Ville 64 %
Généraliste – Ville 24 %
Hôpital 12 %
Autre – Ville 1 %
(Données CPAM partagées par Christophe Vincent)

S’il n’y a pas eu de difficulté d’accès à la prescription d’aides auditives, cette année – « les ORL ont répondu présents », a précisé Nils Morel, ancien président du SNORL -, la démographie de la profession laisse prévoir un trou de 10 ans. Le Pr. Vincent Darrouzet, chef du service d’ORL et de chirurgie cervico-faciale du CHU de Bordeaux  a commencé par se réjouir du succès du 100 % santé tout en soulignant qu’« on ne doit plus voir de prescriptions par des professionnels non formés : les ORL le sont par nature, les médecins généralistes peuvent le devenir (…) Le rôle de notre spécialité est de se faire l’avocat de propositions qui permettent aux ORL d’avancer vers plus de disponibilité », a estimé le professeur Darrouzet, citant les mesures prônées par le CNP d’ORL comme l’autorisation des assistants pour les libéraux, la création d’une formation en « labyrinthologie » en 2 ans pour les gériatres, généralistes…

ORL et Audios débattent avec engagement du parcours de soin à l’heure du 100 % santé
De gauche à droite: Daniela Dalla Valle, Nils Morel, Frédéric Venail, Richard Darmon et Vincent Darrouzet. 

Variations autour du parcours patient

Richard Darmon, président du Syndicat national des entreprises de l’audition, considère que « l’audioprothésiste a des responsabilités : au démarrage du parcours de réhabilitation, pour le suivi dans le temps pour assurer l’observance (la loi donne une obligation de moyens mais les audioprothésistes devraient se donner une obligation de résultat sur ce point) et la responsabilité de travailler en réseau, afin que le patient soit pris en charge dans un environnement global ». Daniela Dalla Valle, directrice générale déléguée Ecouter Voir, a dessiné un parcours patient légèrement différent, en partant de la personne malentendante, non appareillée, qui a un besoin et se pose des questions. « L’augmentation des volumes a été telle cette année qu’on aura des difficultés à suivre si l’on n’intègre pas des parcours nouveaux », a-t-elle expliqué, soutenant le principe d’une augmentation du numerus clausus. Pour Matthieu Del Rio, la difficulté posée par la réforme est dans le suivi : « le vrai échec ce n’est pas le retour d’un appareil en fin d’essai, ce serait que l’on délivre des aides auditives qui ne sont pas portées ». Il faut « mettre un cadre réglementaire fort », selon le président du Collège national d’audioprothèse, citant des pays, comme le Canada, qui disposent d’un Ordre et autorisent la publicité mais dans des limites strictes.

ORL et Audios débattent avec engagement du parcours de soin à l’heure du 100 % santé
Matthieu Del Rio, à la gauche d’Hung Thai-Van.

L’évolution du numerus clausus toujours en débat

Matthieu Del Rio s’est montré plus que prudent concernant son éventuelle augmentation : « le temps d’attente pour rencontrer un audio est très raisonnable si on le compare à celui pour déboucher une oreille… On a vécu une année très particulière (…) Il est trop tôt pour revoir les quotas ». D’autres solutions doivent être envisagées, comme le développement des téléréglages, le fait, pour les audios, de ne plus réaliser certaines tâches (changement de tubes). De leur côté, Daniela Della Valle et Richard Darmon se sont montré très favorables à une révision à la hausse. « La cohorte qui s’est créée, probablement de l’ordre de 300 000 personnes appareillées supplémentaires, ce sont autant de personnes à suivre, il est urgent d’y mettre plus de moyens », a déclaré le président du Synea.

Pour un bon travail en réseau…
Tous les participants se sont entendus sur le caractère indispensable des comptes-rendus prothétiques. D’où la nécessité d’établir un modèle de compte-rendu normé : Christophe Vincent anime un groupe de travail sur ce thème au sein de la SFA. Il existe par ailleurs déjà un modèle de questionnaire de satisfaction dans le cadre de la norme Iso proposée par l’Afnor, a rappelé Matthieu Del Rio.

Les patients ayant médicalement besoin d’un appareil de classe II sont-ils, de fait, défavorisés par la réforme ?

Pour répondre à cette problématique, le Pr. Hung Thai-Van estime qu’il est possible de passer par la nomenclature : il faudrait que les industriels déposent une demande d’autorisation pour un nouveau type de DM s’adressant spécifiquement à ces patients, atteints de neuropathies auditives, d’une surdité unilatérale avec acouphènes invalidants ou de troubles centraux, par exemple. La procédure « accélérée » de la Cneditms rend cette piste opérante dans des délais supportables.

Les complémentaires santé ne remboursent pas toutes au même niveau la classe I et la classe II, on le sait. Richard Darmon a rappelé que cette pratique était « massive » mais qu’il n’était pas « dans une logique de débat avec les complémentaires, qui ont fait des efforts financiers dans le cadre du 100 % santé ». Il considère qu’il faudrait des planchers de remboursement applicables aux prises en charge complémentaires « afin d’éviter des écarts trop rédhibitoires ».

Appareiller les personnes en perte d’autonomie : le grand chantier

La question des personnes en situation de dépendance et/ou en Ehpad est revenue à    plusieurs reprises avec des points de consensus : la nécessité de développer des so- lutions, notamment en télé-santé et télé-audiologie mais pas uniquement, en passant  par des expérimentations, et l’importance d’encadrer les pratiques dans ce domaine en raison de la vulnérabilité particulière de ces publics.

 

 

*Sous l’égide du CNP ORL, de la SFORL et du Collège Français d’ORL et CCF