Dans le cadre des Assises de Cannes, Brice Jantzem, président du SDA, et Michel Mondain, président du CNP d’ORL, ont présenté lors d’une conférence commune diverses pistes d’amélioration de la filière auditive en France, dans un contexte de contraintes budgétaires. Ils constatent que, si le 100 % santé a permis une nette amélioration de l’accès à l’appareillage, la pérennisation du modèle passe désormais par un renforcement des garde-fous et le déploiement d’outils objectivant la qualité des prises en charge.
Michel Mondain, président du CNP d’ORL (photo ci-dessus), a attiré l’attention sur le déclin de la démographie des prescripteurs (3 000 ORL en 2023, 2461 prévus en 2028), alors que les besoins auditifs augmentent. Il a loué les apports du 100 % santé en termes de taux d’appareillage mais pointé du doigt ses dérapages, notamment la fraude et un accroissement sans précédent du nombre de centres audio : « Sur plus de 6 700, plus de 1 500 ont été créés entre 2020 et 2022 dont un tiers en Ile-de-France ! » Pour Michel Mondain, il faut certes « appareiller encore plus, mais surtout appareiller mieux » en dotant la profession d’indicateurs fiables. Le CNP d’ORL propose ainsi le déploiement d’un registre PROMs (patients-reported outcomes measures, c’est-à-dire basé sur le résultat patient), dédié à l’audioprothèse et commun aux ORL et audioprothésistes. « Ce registre PROMAudio permettrait à la fois d’améliorer la qualité des bilans auditifs réalisés par les ORL avant appareillage et d’évaluer le résultat de l’appareillage à travers un questionnaire standardisé rempli par le patient », explique Michel Mondain, en soulignant le « rôle vertueux et non punitif » d’un tel « outil de pilotage de la politique en santé auditive ».
Brice Jantzem, président du SDA, a de son côté rappelé les origines du 100 % santé, le triple objectif du dispositif – renforcer l’accessibilité, améliorer la qualité, pérenniser un modèle économique – et les garde-fous mis en place (limitation de l’indication à 30 dB, renouvellement à 4 ans, limitation de la primo-prescription aux ORL et médecins généralistes formés à l’otologie, devis normalisé). Il a ensuite dressé le bilan de la réforme, positif pour ce qui concerne l’accessibilité et la qualité, mais sans surprise plus mitigé quant à ses effets collatéraux : « La publicité s’est largement développée, le 100 % santé est devenu un ‘produit d’appel’ accompagné d’offres promotionnelles sur la classe II. On a observé une forte augmentation du nombre d’établissements accompagnée de fraudes : diplômes, exercice hors centre, facturations fictives… »
A l’aune de ces constats et des contraintes budgétaires qui s’imposent, Brice Jantzem a formulé plusieurs pistes pour l’avenir du 100 % santé. En matière d’accessibilité, le SDA souhaite améliorer la sensibilisation de la population via une campagne de communication des pouvoirs publics : « 52 % des gens n’ont pas testé leur audition depuis 5 ans. Parmi ceux qui l’ont testé au cours de l’année, seule la moitié est allée chez l’ORL. Et 60 % de ceux qui ont un problème ont mis plus de 2 ans à le reconnaître » a-t-il souligné en citant des résultats de l’étude EuroTrak. Le syndicat plaide aussi pour des remboursements AMC identiques en classes I et II et la mise en place d’une réflexion sur les sujets suivants : le maillage territorial des audioprothésistes, la facilitation du diagnostic par l’ORL et l’appareillage des personnes non déplaçables. En ce qui concerne la qualité, Brice Jantzem a une nouvelle fois insisté sur l’importance de préserve l’indissociabilité appareillage-suivi et le forfait. Il souhaite en parallèle la mise en place effective des questionnaires de satisfaction, la création de référentiels de résultats et la possibilité, pour la profession, d’alimenter le DMP des patients pour y verser les comptes-rendus d’appareillage. Enfin, sur le volet économique, le SDA réclame une intensification de la lutte contre les fraudes via l’identification des praticiens pour les prises en charge (par le n° de RPPS et non le n° Fournisseur), des contrôles plus réguliers des installations avant agrément et, bien sûr, la création d’un Ordre des audioprothésistes. Il pose en parallèle plusieurs pistes de discussion, comme la possibilité de réaliser des économies sur les réseaux de soins et la gestion des tiers payants, de prendre en compte l’inflation, ou encore de dérembourser les piles.


