Des chercheurs allemands développent une plateforme en ligne destinée à réaliser différentes étapes du parcours auditif. Dans une prépublication, ils présentent les résultats obtenus avec un module de mesure des seuils auditifs, globalement proches de l’audiométrie conventionnelle jusqu’à 4 kHz. Ces premiers tests ne valident cependant pas encore une audiométrie clinique réalisée à domicile.
Baptisée Virtual Hearing Clinic (VHC), la plateforme développée au sein de l’université d’Oldenbourg ambitionne de regrouper différents outils numériques dédiés à l’audition. Son architecture modulaire prévoit quatre grands domaines : tests et diagnostics auto-administrés, établissement de profils auditifs, évaluation du bénéfice d’un soutien auditif et optimisation de certains réglages par l’utilisateur. L’équipe de recherche présente l’état d’avancement de ces travaux dans une prépublication* déposée sur arXiv (l’étude n’a pas encore été publiée dans une revue scientifique à comité de lecture).
Pour illustrer la faisabilité du dispositif, les chercheurs se sont concentrés sur l’un de ses modules : la mesure auto-administrée des seuils auditifs. L’étude a porté sur 20 personnes présentant une perte auditive, 10 femmes et 10 hommes, âgées de 38 à 81 ans, avec un âge moyen de 72,15 ans. Les seuils de référence ont été obtenus avec un audiomètre clinique Otometrics Madsen Astera et un casque Sennheiser HDA200, en cabine. Pour la VHC, les participants utilisaient une tablette Samsung Galaxy Tab A7 Lite et un casque Audio-Technica ATH-M50x reliés à une plateforme expérimentale. Le casque avait été égalisé et calibré, et l’expérience était réalisée dans une pièce calme.
La procédure VHC, baptisée Graded Response Bracketing (GRaBr), présente 2 sons de niveaux différents et demande à l’utilisateur d’indiquer s’il en entend zéro, un ou deux. Le niveau est progressivement ajusté afin d’encadrer le seuil auditif. Sur l’ensemble des mesures, le seuil médian était de 55,5 dB SPL avec l’audiomètre clinique contre 57,4 dB SPL avec la VHC. La différence globale n’était pas statistiquement significative (p = 0,58) et la corrélation entre les 2 méthodes était élevée. 60 % des seuils VHC se situaient à moins de 5 dB de la référence et 83 % à moins de 10 dB. Entre 250 Hz et 4 kHz, plus de 90 % des seuils mesurés avec la VHC se situaient à ±10 dB des valeurs obtenues avec l’audiomètre : 92,5 % à 250 et 500 Hz et 95 % à 1, 2 et 4 kHz.
Des résultats moins convaincants à 6 kHz
Les comparaisons fréquence par fréquence montrent néanmoins des différences statistiquement significatives à toutes les fréquences sauf 2 kHz, malgré des corrélations élevées. Les données témoignent donc d’un bon accord général jusqu’à 4 kHz, mais pas d’une parfaite équivalence entre les méthodes. La principale faiblesse apparaît à 6 kHz, avec seulement 27,5 % des seuils VHC à ±10 dB de la mesure clinique, contre plus de 90 % jusqu’à 4 kHz.
Pour expliquer ce résultat, les auteurs évoquent notamment la plus grande variabilité de reproduction des casques aux fréquences élevées, liée à leur positionnement et aux interactions avec le conduit auditif. Ils reconnaissent aussi les difficultés posées par une utilisation future avec du matériel grand public non calibré. Ils prévoient d’étendre leurs explorations à différents degrés de perte auditive et d’étudier notamment l’influence du matériel, de la calibration, de l’attention et de la motivation.
A ce stade, la VHC montre qu’une procédure auto-administrée peut, dans des conditions maîtrisées et avec un matériel calibré, fournir des seuils relativement proches de ceux d’une audiométrie clinique jusqu’à 4 kHz. Elle ne démontre pas en revanche qu’un audiogramme réalisé seul à domicile avec un casque grand public puisse aujourd’hui se substituer à une audiométrie clinique.
* The Virtual Hearing Clinic (VHC)- a modular online platform for hearing research and hearing health care Authors: Lena Schell-Majoora, Kim M. Rullmann, Tobias Brunse, Theresa Jansen, Volker Hohmann, Hendrik Kayser, Birger Kollmeier
Crédit photo : Université Carl von Ossietzky d’Oldenbourg


