La classification du Biap remplace la 02/1 bis de 1996, citée en référence dans toute la littérature depuis 30 ans. Les catégories « légère, moyenne, sévère, profonde » laissent la place à une échelle en 7 grades, évaluée oreille par oreille, et tenant compte du référentiel de l’OMS publié en 2021.
Ce n’est pas une simple mise à jour : le Bureau international d’audiophonologie la présente comme une classification entièrement nouvelle. Il met en garde sur les limites de l’audiométrie tonale, qui ne permet pas de rendre compte du profil audiométrique dans sa globalité ni des susceptibilités individuelles. De futures recommandations viendront compléter ce tableau afin de mieux appréhender les différents types de pertes et les informations apportées par l’audiométrie vocale.

Cette classification s’applique aux seuils tonaux liminaires spécifiques à chaque oreille, mesurés sans aides auditives, avec un équipement calibré dans un environnement acoustiquement normé (ISO 8253-1:2010).
La classification est avant tout prévue pour des analyses épidémiologiques. Elle ne peut servir à quantifier directement un handicap ni à déterminer l’éligibilité à des prises en charge, ni à anticiper des résultats d’appareillage. Le BIAP recommande, si la présente gradation était utilisée en clinique, d’évaluer séparément les 2 oreilles et de ne pas se cantonner à « la meilleure ». Il invite également à la prudence quant aux corrélations entre seuil auditif et limitation fonctionnelle. Les deux sont liés mais de façon très variable d’un individu à l’autre. D’ailleurs, le seuil de 20 dB HL n’est plus dit « normal » mais « dans les normes », le BIAP rappelant qu’une audiométrie cliniquement normale n’exclut pas des difficultés d’écoute réelles au quotidien.
Pour les pertes sévères, profondes et totales, le Biap se cale sur la classification de l’OMS tout en y apportant une nuance importante : « des seuils très élevés n’impliquent pas nécessairement l’absence de fonction auditive exploitable, en particulier grâce aux technologies auditives modernes et aux stratégies de réhabilitation ».
Enfin, les surdités unilatérales et asymétriques font l’objet de précisions spécifiques. Une surdité est dite unilatérale lorsque la meilleure oreille présente un seuil moyen en conduction aérienne (PTA) inférieur à 20 dB HL avec une perte confirmée à la moins bonne oreille. Une asymétrie est retenue au-delà de 15 dB d’écart moyen ou sur 3 fréquences consécutives ; pour en estimer le degré global, le Biap conserve la formule historique : perte auditive moyenne en dB (HL) = (perte de la meilleure oreille × 7) + (perte de la moins bonne oreille × 3) / 10.
« Les troubles auditifs qui ne sont pas pleinement pris en compte par la classification fondée sur les seuils tonaux – tels que les déficiences sensorielles combinées, les pertes auditives congénitales ou prélinguales et autres profils auditifs complexes – nécessitent une interprétation clinique individualisée allant au-delà du présent système de classification. »
La commission qui a rédigé ces recommandations était présidée par Eva Orzan et Thomas Wiener. Pour la France, ont contribué : Arnaud Coez, Christine Dagain, Fabrice Giraudet, Thomas Guichard, Anne Kerouedan, Morgan Potier, Muriel Renard, l’orthophoniste Clara Legendre, et les médecins ORL : Isabelle Rouillon, Hung Thai-Van et Sylvette Wiener-Vacher.


