March 23, 2017

Après la soirée événement du 18 janvier, durant laquelle la charte de La Semaine du Son a été présentée pour la première fois à l’Unesco, le ministère de la Santé a accueilli, mardi 19 janvier, une rencontre dédiée à la santé auditive. Pendant plus de trois heures, sous la direction de Christian Hugonnet, président fondateur de La Semaine du Son, des experts renommés se sont succédé à la tribune de l’amphithéâtre de la Direction générale de la santé pour évoquer essentiellement les pratiques d’écoute des jeunes générations et les différents moyens de prévenir les troubles auditifs qu’elles sont susceptibles d’engendrer.

 

D’entrée de jeu, le Dr Shelly Chadha, responsable du programme Prévention de la surdité et de la déficience auditive à l’OMS, a rappelé qu’1,1 milliard de jeunes dans le monde ont des habitudes d’écoute à risques : près de 50% des 12-35 ans écoutent leurs appareils audio personnel (MP3, smartphones…) à un niveau sonore dangereux et 40% sont exposés à des niveaux potentiellement traumatisants dans les boîtes de nuit ou les bars. Face à ce constat, il s’agit de sensibiliser toutes les parties prenantes aux dangers de « l’exposition récréative » : parents, enseignants, fabricants, pouvoirs publics, etc. C’est dans ce but que l’initiative « Ecouter sans risques », lancée par l’OMS en mars 2015, incite à développer des normes pour les lecteurs de musique, les écouteurs et les casques, mais aussi à promouvoir des « habitudes saines ».

 

Enfants, ados et jeunes adultes mettent en danger leur système auditif vulnérable

Luc Barthélémy (directeur d’études Ipsos-Santé) et Jean-Louis Horvilleur (audioprothésiste et administrateur de La Semaine du Son) sont revenus sur les principaux enseignements de l’enquête Ipsos / La Semaine du Son sur « Les jeunes et le monde sonore » qui, rappelons-le, apporte des enseignements édifiants sur les pratiques des tout-petits, des enfants et des adolescents. En appui de cette enquête, le Pr Paul Avan (UMR INSERM 1107, Université d’Auvergne, Clermont-Ferrand) a expliqué les vulnérabilités du système auditif des enfants et des jeunes adultes, insistant notamment sur la période critique entre la naissance et trois ans (durant laquelle le langage se met en place) et les expositions aux conséquences retardées, ressenties parfois à 60 ans. « La prévention est la solution idéale », déclare le spécialiste. Dans ce contexte, le Pr Hung Thai-Van, (chef du service d’Audiologie et d’Explorations Orofaciales, Hôpital Edouard Herriot, Lyon) a dressé un état des lieux du dépistage auditif, avec un focus sur l’obligation du dépistage de la surdité néonatale. Le Dr Jean-Michel Klein, ORL et président du Syndicat national des ORL (SNORL), a également fait le point sur les principales pathologies liées à l’audition dans les niveaux sonores élevés : les problèmes auditifs bien sûr, mais aussi les troubles du sommeil, du rythme respiratoire, de la concentration, la dépression, ou encore les comportements violents et agressifs.

 

Quelles solutions pour améliorer la prévention ?

Pour limiter les dégâts engendrés par les nouveaux comportements, il apparaît impératif de sensibiliser les parents, les enfants, les adolescents et la communauté éducative. Jean-Louis Horvilleur a présenté les différents leviers d’information susceptibles d’être activés, sans moyens démesurés. Ce préventeur chevronné préconise de « répéter le message de manière personnalisée à tous les âges » et ce, avant même la naissance ! Des informations pourraient ainsi être intégrées dans le livret de maternité et dans le carnet de santé. Des éléments de sensibilisation (conférences, kits pédagogiques telle que la mallette pédagogique Kiwi, basée sur les tablettes numériques et mise en place par Bruitparif dans les lycées d’Ile-de-France…) pourraient également être répétés régulièrement, « de la crèche à l’université » et dans la presse grand public pour toucher les parents. Les enseignants devraient être formés, par exemple par les infirmières scolaires. Quant aux étudiants en santé, pourquoi ne pas les mobiliser pour des opérations de prévention (comme la distribution de bouchons d’oreille dans les concerts) intégrées à leur cursus ? Jean-Louis Horvilleur plaide pour la réalisation de tests auditifs « tout au long de la vie », pendant la scolarité mais aussi, par exemple, pendant les Journées défense et citoyenneté, en invitant les professionnels du son à se mobiliser également. Les complémentaires santé ont également un rôle majeur à jouer. Etienne Caniard, président de la Mutualité Française, souligne en effet que, « pour la prévention des risques auditifs, on part de beaucoup plus loin que pour les autres sujets » et qu’il « faut essayer de mobiliser des outils extrêmement différents. » Si les mutuelles agissent, notamment en direction des personnes âgées pour prévenir les déficits sensoriels, « nous sommes extrêmement en deçà de ce qu’il faudrait faire », a-t-il constaté, en préconisant de positionner les mutuelles sur la prévention. Et les pouvoirs publics dans tout ça ? « Gageons qu’ils sauront entendre ces témoignages et ces alarmes pour qu’une action déterminée puisse être lancée. Nous n’avons pas besoin de créer grand-chose, il s’agit essentiellement d’avoir un discours politique convaincu, sincère et pérenne », a déclaré Vincent Maestracci, Inspecteur général de l’éducation nationale.

 

« Nous attendons des innovations de rupture »

En conclusion de la série d’intervention, le Pr Lionel Collet (conseiller d’État, président des Conseils d’administration de l’Institut de veille sanitaire et de l’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires) a constaté que les avancées observées depuis les années 1960 sont de type incrémental. « Concernant les aides auditives, la vraie révolution a été l’arrivée de la prothèse numérique en 1997. Depuis 20 ans, le domaine de l’audiologie n’a pas eu de découvertes fondamentales directement applicables aux patients. Nous sommes dans l’attente d’une rupture », a-t-il souligné en appuyant sur la nécessité d’avoir aujourd’hui des professionnels de qualité. Concernant les audioprothésistes, ce fut l’occasion pour Lionel Collet d’apporter son soutien au projet d’allonger la formation à 5 ans, car ils ne pourront pas « revendiquer les techniques les plus modernes d’instrumentation auditive avec trois ans de formation. » Il s’agit aussi, au-delà de la médecine curative, d’aller vers une médecine précoce « car la réponse absolue est celle de la prévention, de l’éducation et de l’information. »