March 1, 2021

Pour ne pas rester inactif pendant le confinement, Yannick Hubert, qui a créé la société Protoplastie en 2004 à Bihorel (Normandie), a eu l’idée de fabriquer de la solution hydroalcoolique dans son laboratoire. Il en fait don aux personnels en contact direct avec le public.

« Je ne sais même plus exactement comment j’en ai eu l’idée, je pense que c’est en voyant les bidons d’alcool dans mon labo, je me suis dit que je ne pouvais pas fermer et rester sans rien faire, raconte Yannick Hubert, fondateur de l’entreprise Protoplastie, fabricant d’embouts d’aides auditives. J’ai voulu répondre aux besoins les plus urgents, sachant qu’il y avait autour de moi des gens en contact direct avec le public, qui prenaient le risque d’être contaminés. » Il a été contraint d’arrêter sa production d’embouts et de protections à la suite de la fermeture de la quasi-totalité des centres auditifs. Une fois ses dernières commandes gérées, il a récupéré la recette de la solution hydroalcoolique sur le site de l’Organisation mondiale de la santé – « c’est très bien fait » – et a démarré cette nouvelle activité bénévole. « Il faut de l’isopropanol (environ 75 % du produit fini), de l’eau oxygénée (environ 2 %), de la glycérine et de l’eau distillée. Comme l’alcool concentré est très inflammable, il faut de bonnes conditions pour pouvoir fabriquer des quantités un peu importantes, mais cela n’a rien de compliqué. » Dans son laboratoire, Yannick Hubert dispose du matériel pour effectuer les mesures et les mélanges en sécurité ainsi que pour se protéger lui-même.

 

 

La pénurie guette Un fabricant d’embouts normand produit de la solution hydroalcoolique

Il a ainsi produit une cinquantaine de litres de solution hydroalcoolique ces 10 derniers jours, pour en faire don à des personnes qui en ont grand besoin : « des infirmières libérales, le centre de courrier de Bihorel, avec qui je travaille beaucoup en temps normal, l’hôtel de police de Rouen qui est sous-équipé et doit se débrouiller par système D, une entreprise de sécurité dont les personnels régulent les entrées dans les supermarchés, des cabinets médicaux… J’aimerais pouvoir faire plus ». Bien qu’il ait pu acquérir, à ses propres frais, de l’eau oxygénée, de l’huile pure d’aloe vera (ajoutée pour limiter le dessèchement de la peau induit par la solution), Yannick Hubert se heurte aujourd’hui à la pénurie des matières premières et notamment le principal ingrédient, l’isopropanol. La glycérine commence à manquer également. Il en appelle aux bonnes volontés qui auraient encore des stocks !

 

 

Yannick Hubert fabricant d'embout d'aides auditives

Yannick Hubert, fondateur de Protoplastie

 Des lendemains incertains

« Si ma contribution peut éviter ne serait-ce qu’à une personne de se contaminer, ça vaut le coup et je suis prêt à continuer si je trouve les matières premières, déclare Yannick Hubert. Quand on voit qu’on en est à demander aux gens de déposer des masques, même quelques-uns, en pharmacie… » Cet engagement aide le fabricant à « garder la pêche et le moral » de son propre aveu. Mais il reste très soucieux pour le futur de son entreprise, qui le fait vivre ainsi que son associé. « Le problème ce sont les charges fixes et la trésorerie ; il faut négocier, reporter les échéances, discuter avec la banque. Toutes ces petites choses et l’aide de l’Etat, si on l’obtient effectivement, permettront peut-être de sauver la boîte à la fin de la crise sanitaire. J’ai écrit à tous mes clients, je reste joignable et à leur disposition. Mais pour l’instant, je pense que je suis plus utile à faire de la solution hydroalcoolique. »