Présentés aujourd’hui 15 octobre, à l’occasion de la 11e Semaine de la santé auditive au travail (SSAT, du 12 au 16 octobre), les résultats du 10e baromètre OpinionWay pour l’Association nationale de l’audition (ANA) confirment l’ampleur du phénomène. Près de 6 actifs sur 10 se disent gênés par le bruit au travail et plus de la moitié déclarent en subir des conséquences auditives. Les premiers enseignements de l’étude EPPECAe (étude des pratiques d’accompagnement des acouphènes en entreprise) révèlent en parallèle une forte corrélation entre la sévérité des acouphènes et les signes d’épuisement professionnel.
Dix ans après la 1e édition de son baromètre consacré au bruit au travail, l’Association nationale de l’audition (ANA) constate que les nuisances sonores demeurent une réalité pour une majorité de travailleurs. Selon le sondage réalisé par OpinionWay*, 59 % des personnes interrogées déclarent être gênées par le bruit sur leur lieu de travail, soit 3 points de plus qu’en 2025. Parmi elles, 20 % affirment subir fréquemment cette gêne. Si les environnements traditionnellement bruyants restent particulièrement concernés (68 % des salariés travaillant dans l’industrie ou le BTP), le phénomène touche également les espaces tertiaires : 64 % des salariés en open space et 62 % de ceux exerçant en bureau collectif fermés se disent gênés. Le télétravail apparaît comme une échappatoire : parmi les 254 répondants concernés, 55 % estiment leur environnement sonore moins bruyant à domicile, contre 18 % qui le jugent plus bruyant. « Mais cette amélioration dépend notamment du confort du logement et de la situation socio-économique des travailleurs », souligne Anne-Laure Marchal d’OpinionWay,
Les conséquences sanitaires sont de plus en plus préoccupantes : 74 % des actifs attribuent au bruit au travail au moins une répercussion sur leur santé, contre 71 % en 2023. La fatigue, la lassitude et l’irritabilité arrivent en tête (58 %), devant les difficultés de concentration (54 %) et le stress (52 %). Les troubles du sommeil concernent 38 % des répondants et la souffrance psychologique 36 %. Les conséquences auditives touchent, quant à elles, 52 % des actifs, soit 7 points de plus qu’en 2023. Dans le détail, 42 % signalent une gêne auditive, 35 % des sifflements ou bourdonnements d’oreilles et 29 % une surdité. Les moins de 35 ans apparaissent particulièrement concernés : 81 % déclarent au moins une répercussion du bruit sur leur santé.

Net recul des dépistages auditifs en entreprise
Les entreprises semblent avoir renforcé leurs actions pour limiter les nuisances sonores au travail. En 2026, 54 % des actifs déclarent qu’au moins une solution destinée à les réduire a été proposée ou mise en place par leur employeur, contre 51 % en 2025. La mise à disposition de protections individuelles reste la mesure la plus fréquemment citée (32 %), suivie des casques de communication spécifiques (31 %) et du réaménagement des espaces de travail (25 %). En revanche, les dépistages auditifs reculent de 4 points, à seulement 16 %, soit leur plus faible niveau depuis 2018. Sur ce sujet, les salariés attendent avant tout des changements organisationnels : 49 % souhaitent une meilleure prise en compte de leurs remarques pour réduire le bruit, 35 % une meilleure information sur les risques auditifs et 32 % des investissements budgétaires dans des équipements moins bruyants.
« Les nuisances sonores peuvent dégrader les relations au sein des équipes et dans la relation de management. Leurs répercussions sont d’autant plus importantes lorsqu’elles s’accompagnent d’acouphènes ou d’une perte auditive : cela peut conduire certains salariés à souhaiter changer d’équipe, voire à demander un arrêt de travail. On ne doit pas oublier les secteurs du commerce et de l’administration, également concernés. Le télétravail peut être une clé, mais l’efficacité de cette solution dépend aussi des conditions de CSP : il y a une forme d’inégalité », commente Sébastien Leroy, porte-parole de l’ANA.

Acouphènes et burn-out, une corrélation importante
La seconde étude présentée apporte un éclairage complémentaire sur les conséquences professionnelles des troubles auditifs. Baptisée EPPECAe (Étude des pratiques d’accompagnement des acouphènes en entreprise), elle est menée avec Siopi, la Fondation Écouter Voir et France Acouphènes. Dans la lignée de l’étude PESA (qui a chiffré le coût économique des acouphènes), son objectif est d’évaluer les liens entre ce trouble, l’épuisement professionnel et la qualité de l’accompagnement reçu. EPPECAe s’appuie sur trois outils : le Tinnitus Handicap Inventory (THI), qui mesure le retentissement des acouphènes ; le Burnout Assessment Tool (BAT), consacré aux manifestations du burn-out ; les questionnaires Premium-I et Premium-RC, qui portent sur l’expérience des soins. Les premières analyses, réalisées auprès de 158 participants, révèlent une forte corrélation entre le niveau de handicap acouphénique et les manifestations de burn-out. Cette association apparaît particulièrement marquée pour l’épuisement (+0,57) et les plaintes psychiques (+0,58). Elle concerne également les difficultés cognitives (+0,48) et la détresse émotionnelle (+0,47).
« Acouphène et burn-out co-évoluent, ils s’alimentent mutuellement. Un acouphène même débutant doit être pris en charge au risque de voir un mécanisme d’emballement. Plus l’état émotionnel se détériore, plus l’acouphène s’amplifie », insiste Jean-Charles Ceccato, trésorier de l’ANA, en ajoutant que ces conclusions doivent être consolidées et que l’étude doit se poursuivre (l’objectif est d’atteindre 400 participants).
« Le bruit au travail et les acouphènes concernent toutes les tranches d’âge. L’entreprise concentre tous les types de populations et peut donc aider à changer la prise en compte de ces sujets », souligne l’ANA.
L’écoute, un élément essentiel de la prise en charge
L’étude EPPECAe s’intéresse également à l’expérience des personnes acouphéniques dans leur parcours de soins. Si le niveau d’information reçu, globalement jugé insuffisant, présente peu de liens avec l’intensité du handicap ressenti, le sentiment d’être écouté et considéré apparaît associé à un moindre retentissement des acouphènes. Les chercheurs observent ainsi une corrélation négative significative entre le score THI et le sentiment de considération (r = −0,31) : les personnes rapportant les handicaps les plus importants tendent également à se sentir moins écoutées. Face à un symptôme subjectif, la reconnaissance de la plainte constitue donc un élément essentiel de l’accompagnement. « Ces données prouvent que la réponse ne relève pas uniquement d’équipements techniques, mais d’une véritable considération humaine. L’acouphène doit être reconnu comme un handicap invisible majeur dans les politiques de Qualité de Vie et des Conditions de Travail (QVCT) », affirme l’ANA. L’association appelle enfin les personnes concernées à participer à l’étude EPPECAe afin de disposer de données scientifiques plus solides pour faire évoluer la reconnaissance de ces troubles dans le monde du travail.
* Sondage réalisé auprès de 1 046 actifs occupés, du 30 septembre au 6 octobre 2026


